Novembre 1914


    Tout les efforts déployés au mois de Novembre tendront vers unique objectif : la conquête de la maison forestière du Père Hilarion, formant un saillant dans nos lignes.

     Le 1er Novembre 1914, a 6h30, le 3e Btn du 167e prend la tête de l'attaque générale pour s'emparer de la Fontaine du Père Hilarion et ses abords, à cheval sur la tranchée de Montauville. Les Allemands se défendent comme des diables. On cherche à progresser, sous un feu meurtrier, jusqu'à 12 heures.
A 13 heures, le Chef de Bataillon Camps est blessé. Le Capitaine Pierrard, de la 12e Cie, lui succède dans son commandement. La fusillade continue, intense, jusqu'à 15 heures, les unités s'accrochant au peu de terrain conquis et s'y retranchent pour la nuit.
Le 1er Btn renforce la tranchée qu'il a pu établir au carrefour du Père Hilarion, se reliant à droite par les pentes, à Haut-de-Rieupt, (occupé par la 2e Cie), à gauche, le long de la route du Père Hilarion, par la 3e Cie, à un bataillon du 346e.
De nombreux actes d'héroïsme sont signalés lors de ces combats."Le soldat Lagarde, de la 9e Cie, se porte volontaire pour aller cisailler des réseaux de barbelés. Il rampe sous des feux nourris de mitrailleuses très rasant sur ce terrain en pente. Il réussit à faire la brèche. Il recommence au deuxième réseau et tombe frappé à mort. D'autres le remplacent. Les sergents Monts et Béguet se précipitent sur les brèches et s'emparent des tranchées, mais tombent sous les balles ennemies".

    Les pentes du Père-Hilarion sont atteintes mais le prix payé est lourd. Le 1er Btn enregistre la perte de 3 tués et 9 blessés (3 lors de l'attaque et 6 autres dans les tranchées devant Fey-en-Haye, par éclats d'obus). Au 3e Btn, principal acteur de cette action, le bilan est lourd. Le chiffre exact des pertes se situe au-delà de la centaine de tués. Un rapport du Lieutenant-Colonel Nitard, daté de décembre 1914, mentionne 80 tués, 147 blessés et 23 disparus. Un autre valide 78 tués, 125 blessés et 45 disparus. J'ai moi-même identifié plus de 110 tués au combat, ce que semble confirmer un autre rapport faisant état de 118 tués, 196 blessés et 27 disparus. Le Chef de Bataillon Camps ainsi que les Lieutenants Valette, de Caumia de Ballenx et les Sous-Lieutenant Vialle et Gey sont blessés.
Le Médecin Chef de la Brigade fait évacuer un grand nombre de blessés : "...à la suite de ce combat, 4 blessés ont été évacués sur Toul par Dieulouard. Je me suis rendu à Pont-à-Mousson où j'ai assuré les évacuations sur la gare de Dieulouard pour Toul. Ont été évacués sur Dieulouard 110 blessés, la plupart du 3e Btn du 167e..."
    Au 2e Btn du 169e, le Sous-Lieutenant de Réserve Ossude,(5e Cie), est tué. Le Sous-Lieutenant d'Active Chervin, de la 8e Cie est blessé. 13 soldats ont été tués (1 à la 5e Cie ; 2 à la 6e Cie ; 1 à la 7e Cie et 9 à la 8e Cie), 27 sont blessés (8 à la 5e Cie ; 3 à la 6e Cie ; 1 à la 7e Cie et 15 à la 8e Cie), 2 sont portés disparus (6e et 8e Cie).
Les inhumation de la plupart des sous-officiers et soldats tués le 1er Novembre ont eu lieu le 6 Novembre au matin, près de la Ferme du Pétang.


"168e Régiment d'Infanterie - coll. Léger Jacky"

    Le 2 Novembre, les bataillons en ligne restent sur leurs positions, qu'ils organisent jour et nuit. Le 3e Btn passe en réserve d'attaque à la butte de tir.

Du 3 au 10 Novembre, peu de changements notables de situation. Durant cette période, le 1er Btn progresse peu à peu et finit par s'installer solidement dans Haut-de-Rieupt.


    Les conditions de vie des hommes de troupe sont de plus en plus difficiles. Le terrain est difficile, les conditions météorologiques se dégradent. Le Médecin de la Brigade relève "...qu'un certain nombre d'hommes dans les tranchées n'ont pas de couvertures, et en raison du refroidissement de la température, souffrent du froid. J'ai l'honneur de demander, pour éviter une explosion de maladies saisonnières, que chaque homme reçoive le plus tôt possible une couverture"... "Certaines unités manquent de paille dans les tranchées ou les abris. Pour les mêmes raisons que pour les couvertures, j'ai l'honneur de demander qu'il en soit distribué le plus tôt possible".
En outre, l'épidémie de courbatures fébriles, objet de toute les attentions de la part du Médecin au mois de Septembre, n'est toujours pas enrayée : "J'ai l'honneur de vous rendre compte que l'analyse bactériologique de l'eau des fontaines de Mamey a révélé qu'elle est impropre à l'alimentation, à moins qu'on lui fasse subir les manipulations de stérilisation en usage. L'épuration de cette eau doit donc être rigoureusement continuée". Malgré une baisse enregistrée, l'on comptera encore 17 cas au 167e et 27 cas au 169e, au mois de Novembre.

    Le 4 Novembre, les évacuations se poursuivent. Les blessés sont dirigés soit sur l'Ambulance de Martincourt (Poste de secours du 167e), soit sur l'hôpital de la Croix-Rouge de Pont-à-Mousson puis Toul. "5 blessés graves intransportables, parmi lesquels le Lieutenant Dunoyer du 167e d'Infanterie, ont été laissés en traitement à l'hôpital de Pont-à-Mousson. Le Lieutenant Dunoyer présentait une plaie de la lèvre supérieurde la langue et du plancher de la bouche, par shrapnell, avec hémorragie abondante et hématome au cou. Il a été opéré. L'hémorragie a été arrêtée, le shrapnell a été extrait ; son état de santé actuel est assez bon".

    Le 8 Novembre, le Lieutenant Devernois, avec une demi-section, enlève de nuit et incendie une maison qui servait d'observatoire aux Allemands. Le Lieutenant Devernois, le Caporal Brocal et les soldats Bouilley, Colin et Lacollée sont cités à l'ordre du Régiment et de la Brigade mixte. Le Caporal est nommé Sergent, les soldats sont nommés 1ere classe.
Ce même jour, le 2e Btn est relevé dans ses tranchées devant Fey-en-Haye et vient prendre place dans la partie Sud-Est du Bois-le-Prêtre, à la gauche du 1er Btn.
Le Régiment est ainsi réuni : 1er et 2e Btn en ligne, le 3e Btn en réserve.
L'Etat-Major du Régiment, les 1er et 2e Btns quittent leurs positions du Bois-le-Prêtre et reçoivent l'ordre d'aller former réserve d'armée à Royaumeix, Andilly et Manoncourt avec le 2e Btn du 168e.
Le 3e Btn relève le 1er Btn à Haut-de-Rieupt.
Cantonnements : Etat-Major, 1er et 2e Btns à Martincourt ; 2e Btn du 168e à Mamey.

    Le 12 Novembre, le Régiment quitte Martincourt à 12h00 pour cantonner à Ménil-la-Tour, Andilly et Manoncourt.

Le 13 Novembre, une attaque générale est ordonnée. Elle doit être poussée sur la Fontaine du Père Hilarion par les 346e et 356e. Le 3e Btn doit assurer la liaison par la route du Père Hilarion et se porter au Nord de cette route en cas de réussite. Les manoeuvres n'ayant pas progressées, le Btn demeure sur ses positions.
Les jours suivants sont consacrés à la continuation des travaux de sape entre la route du Père Hilarion et la ferme Bamberger.


    Le 19 Novembre, c'est la remontée en ligne pour le Régiment. L'Etat-Major et un bataillon vont relever le 1er Btn du 168e au Bois-le-Prêtre où ce régiment a refoulé les allemands par des combats journaliers harrassants, jusqu'à la tranchée de Fey. De fait, le 3e bataillon reste seul dans le ravin de la Fontaine du Père Hilarion où il continue ses travaux d'organisation en vue de la progression programmée vers cet objectif.
Le 168e d'Infanterie part en cantonnement pour une quinzaine de jours ; ce qui permet au Colonel Riberpray de leur exprimer sa satisfaction par ces quelques mots : "Je saisis l'occasion de cette séparation momentanée pour féliciter le 168e RI du bel exemple de résistance physique, de mordant et d'opiniâtreté qu'il a donné au cours d'une longue série d'attaques sous bois où les difficultés de la marche donnent au courage individuel la première place".

Le Colonel Commandant le 167e prend le commandement de l'Attaque de gauche, en face du Quart-en-Réserve.
Départ de l'Etat-Major du Régiment et du 1er Btn à 6h30. La relève a lieu dans l'après-midi.
Le 1er Btn se forme en deux lignes, à cheval sur l'extrémité Ouest de la tranchée de Fey et parallèles à cette tranchée ; l'une (1ere et 2e Cies) au Nord, et l'autre (3e et 4e Cies) au Sud.
Le 2e Btn reste cantonné à Royaumeix.

    A Haut-de-Rieupt, le 3e Btn continue ses travaux d'organisation en vue de la progression programmée vers le Père Hilarion.
    

    Le 20 Novembre, le 3e Btn reçoit 340 recrues de la classe 1914, portant ainsi l'effectif du Bataillon à 235-238 hommes par compagnie.
Le 1er btn, établi au Nord des "Carrières", poursuit l'organisation de ligne défensive au Nord de la tranchée de Fey. Les tranchées sont renforcées, des réseaux de fil de fer sont établis. Le tir quotidien de notre artillerie sur les positions allemandes a pour effet de désorganiser les deux ouvrages allemands établis dans le Quart-en-Réserve et, en particulier, celui de l'Est, dit "ouvrage à caponnière". La liaison est assurée à droite avec le bataillon territorial occupant l'ouvrage "L" et ses annexes.
Le tir de l'artillerie ennemie tue 1 homme et en blesse un autre.

    Le 22 Novembre, le Lieutenant Devernois est blessés par un tir d'artillerie ennemie.

    Le 25 Novembre, le 2e btn vient relever aux Carrières le 1er Btn qui se porte à Royaumeix où il est placé en position de réserve d'Armée avec deux bataillons du 168e, formant un Régiment de Marche sous les ordres du Colonel Cdt le 168e.
Le 2e Btn, occupant les mêmes positions, continue les mêmes travaux. La ligne de défense doit subir les modifications suivantes : la ligne continue organisée devient un avant-poste tenu par quelques postes seulement ; à l'angle Nord-Ouest du bois, sur la tranchée de Fey, est établi un ouvrage pour une compagnie. Cet ouvrage, dit "G", doit être relié à l'ouvrage "L" par une ligne d'abattis, flanquée de distance en distance par des éléments de tranchée.
Le 2e Btn, tout en occupant la ligne de défense et en détachant un peloton comme garnison de l'ouvrage "L", s'emploie à la construction de l'ouvrage "G".

    Le 26 Novembre, l'artillerie ennemie tue 2 hommes et en blesse 3.

    Du 21 au 30 Novembre, le 3e Bnt, positionné au Nord de Haut-de-Rieupt, poursuit ses travaux de terrassement, exécute quelques reconnaissances pour déterminer les ouvrages allemands en avant de leur front. En raison de la proximité de ces ouvrages protégés par des abattis et des réseaux de fil de fer, la progression est très lente. Néanmoins, il est possible de déterminer la position exacte des tranchées établies sur la crête, entre les Mélèzes et le parc Bamberger, laissant l'accès de la tranchée de Vilcey et du Père Hilarion et un ouvrage, pour une compagnie et une section de mitrailleuses, à cheval sur la tranchée de Pont-à-Mousson.
Aucun engagement avec l'ennemi n'est à signaler durant cette période.